Une nouvelle histoire du Parti bolchevique

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juillet-août 2026

Parution : troisième trimestre 2026.
Rémi Adam, Le Parti bolchevique. Des origines du mouvement
révolutionnaire en Russie à la révolution d’Octobre 1917
,
Les bons caractères, 448 pages.

Ce livre bénéficie de l’apport de nombreux témoignages et travaux publiés sur le mouvement révolutionnaire en Russie depuis la parution, en 1963, de celui de l’historien trotskyste Pierre Broué, dont la majeure partie était consacrée à la période stalinienne. L’ouvrage de Rémi Adam s’attache aux origines du Parti bolchevique, aux conditions de son développement et aux questions militantes, politiques et organisationnelles qui l’animèrent jusqu’à la révolution prolétarienne d’Octobre 1917.

Durant près d’un demi-siècle, le combat contre l’autocratie tsariste fut porté par le courant populiste. Inauguré par des intellectuels révoltés par le maintien de la société dans l’arriération, ce mouvement voulait renverser le pouvoir absolu des tsars et la domination des grands propriétaires en s’appuyant sur les masses paysannes, maintenues dans les fers du servage jusqu’en 1861. Mais les illusions des narodniks (populistes) des années 1870 et de leurs héritiers se heurtèrent à la passivité des campagnes. Certains s’engagèrent dans la voie du terrorisme individuel, et parvinrent à tuer le tsar Alexandre II en mars 1881. Loin d’être l’étincelle qu’ils en attendaient, ces actes courageux renforcèrent l’autocratie et ses traits les plus réactionnaires. Conscients de cette impasse, d’autres militants se tournèrent vers le marxisme et le prolétariat industriel.

L’essor du mode de production capitaliste avait en effet fait naître une classe ouvrière combative, concentrée dans de très grandes entreprises de la métallurgie, du textile, du pétrole et dans les mines.

En 1883, Plekhanov jeta les bases du groupe Libération du travail, la première organisation se donnant comme perspective le renversement révolutionnaire de l’autocratie par la classe ouvrière. Par-delà les frontières et ses origines, cette dernière constituait une seule et même classe et disposait d’une force gigantesque à même d’abattre également la domination de la bourgeoisie. Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (­POSDR), fondé en 1898, inscrivait ce combat dans celui de la Deuxième Internationale. Ses militants s’étaient formés au contact des socialistes d’Europe, à la lecture des ouvrages de Marx, d’Engels et de Kautsky, le principal théoricien du Parti social-démocrate allemand (SPD).

Les conditions spécifiques de la Russie imposaient de disposer d’une organisation centralisée, rompue aux méthodes conspiratives et constituée de militants entièrement tournés vers cette tâche. C’est en direction de la construction d’un tel parti que fut lancé le journal Iskra (L’Étincelle) et que l’activité des cercles sociaaux-démocrates, en Russie et en exil, fut orientée.

Le Parti bolchevique, qui allait prendre forme au sein du POSDR après la rupture avec sa minorité menchevique en 1903, se développa en l’absence des libertés démocratiques et des quelques droits que le mouvement ouvrier occidental avait arrachés à la bourgeoisie. Sans possibilité d’agir à travers l’activité syndicale, sous la pression constante de la censure, de la police et de ses agents, la construction de ce parti fut une lutte permanente. Elle fut également le fruit de débats politiques démocratiques et passionnés entre militants, dans sa presse et dans ses rangs. Au fil des années, il réussit à bâtir un réseau de révolutionnaires profondément liés à la vie, aux luttes et aux aspirations du prolétariat.

Après le Dimanche rouge de janvier 1905, qui vit la population ouvrière de Saint-Pétersbourg manifestant pacifiquement se faire massacrée sur ordre du tsar, le prolétariat se souleva. Il créa des conseils ouvriers, (les soviets), s’engagea dans une grève générale puissante en octobre et dans une insurrection à Moscou en décembre. Les militants bolcheviques acquirent alors une expérience inégalée, au rythme de la révolution et des initiatives des masses ouvrières, allant des grèves à la lutte armée, à l’aide aux chômeurs et à la simple propagande.

Entre 1908 et 1911, le reflux de la vague révolutionnaire, porta au Parti bolchevique une série de coups qui faillirent l’emporter. À ceux assénés par le pouvoir, les emprisonnements, les déportations, les exils forcés, les exécutions, s’ajoutaient les effets de la démoralisation. La quasi-totalité des intellectuels désertèrent ses rangs.

C’est pourtant vers cette organisation dont le noyau avait tenu bon que le prolétariat se tourna lorsqu’il reprit le combat à partir de 1912. Tandis que lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale les autres sections de l’Internationale socialiste se rallièrent à leurs bourgeoisies respectives, les bolcheviks résistèrent aux pressions nationalistes et guerrières. À l’arrière comme au front, ses militants maintinrent le drapeau de l’internationalisme prolétarien. En février 1917, après trois ans d’un conflit qui avait condensé et aggravé toutes les contradictions sociales, la classe ouvrière renversa le tsar et s’organisa de nouveau en soviets, faisant alors de la Russie « le pays le plus libre du monde » (Lénine).

Le gouvernement provisoire de Kérenski issu de cette insurrection de février demeurait cependant le serviteur de la bourgeoisie impérialiste et russe comme des propriétaires fonciers. Tandis que l’économie s’effondrait, il maintint la Russie en guerre, refusa tout partage des terres, toute liberté aux minorités nationales. Fort de la confiance gagnée durant les années de reflux, le Parti bolchevique gagna à lui la majorité des travailleurs et des paysans pauvres.

Puis, en octobre 1917, il organisa la prise du pouvoir pour sauver la révolution du danger d’effondrement économique et d’une dictature militaire et engagea la construction du premier État ouvrier.

Les expériences accumulées par les militants bolcheviques, et les conclusions qu’ils en ont tirées, constituent un capital irremplaçable pour tous ceux qui œuvrent à la reconstruction d’un parti communiste, révolutionnaire et internationaliste.

21 avril 2026