La situation politique française s’inscrit dans un contexte international marqué par l’exacerbation de la concurrence, l’endettement généralisé des États et la menace permanente d’un krach financier. Les effets de la crise se faisant de plus en plus sentir, la bourgeoisie se prépare à renforcer ses attaques contre les travailleurs et parallèlement l’extrême droite semble se rapprocher du pouvoir.
Malgré les discours ronflants sur la réindustrialisation du pays, qui serait en cours, les shows orchestrés par Macron à Versailles pour vanter le « Choose France » et attirer les investisseurs, les faillites se multiplient et la croissance s’effondre. À l’instar d’autres pays de l’Union européenne, le pays fait face à une crise budgétaire majeure, aggravée par l’augmentation de la charge de la dette et par l’explosion des dépenses militaires.
Depuis 2024, malgré l’absence d’une majorité parlementaire, les budgets ont pu être rabotés. Mais la bourgeoisie exige désormais des coupes massives dans les dépenses destinées aux services publics, comme celles mises en œuvre par Trump aux États-Unis ou Javier Milei en Argentine, et elle attend donc du président et des députés qui seront élus en 2027 qu’ils imposent de lourds sacrifices aux travailleurs. Le grand patronat, enrichi de 270 milliards d’aides publiques annuelles, ne veut pas seulement continuer à en bénéficier, il se sert de la situation de crise et table sur l’absence de réactions d’ampleur venant de la classe ouvrière pour accentuer l’exploitation, exiger d’autres reculs et tenter de les imposer.
La bourgeoisie est donc elle-même à sa façon en campagne. La principale organisation patronale, le Medef, multiplie les contacts avec les principaux candidats attendus, y compris à l’extrême droite avec le Rassemblement national (RN). Bien que celui-ci ne soit pas le premier choix de l’ensemble du grand patronat, le Medef doit tenir compte du discrédit des partis qui ont gouverné durant des décennies pour le compte de la bourgeoisie, s’adapter à cette situation et cultiver les relations avec ceux qui pourraient être une relève. Il est certain, par exemple, que des discussions ont également lieu avec La France insoumise (LFI), un parti pourtant dénoncé comme « d’extrême gauche ». Un de ses élus, Éric Coquerel, en tant que président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, est en bonne place pour établir discrètement de tels contacts. Le dirigeant de LFI, Jean-Luc Mélenchon, sait bien qu’il doit, malgré la diabolisation dont il est victime, donner des gages au patronat. Même dans son radicalisme verbal, il évite de s’en prendre à la bourgeoisie et à son système : son admiration pour la dynastie de l’avionneur Dassault et son actuel PDG est un témoignage de ce respect.
En parallèle, la grande presse et les grands médias relaient continuellement l’idéologie patronale. L’orientation qu’ils propagent est toujours la même : il sera indispensable de réduire les dépenses sociales (éducation, retraites, santé) au nom des « murs d’investissements » à venir dans la défense, le nucléaire et l’intelligence artificielle et de la protection des « champions français » de l’économie comme TotalEnergies ou la CMA-CGM.
Le RN en bonne position
Soumis à ces pressions et à ces exigences venant de la classe dominante, les principaux candidats déclarés s’échinent à démontrer combien ils les comprennent. Ainsi, après avoir promis 100 milliards d’euros de coupes budgétaires, le probable candidat du RN Jordan Bardella a mis en avant un projet de réforme des retraites qui comporterait la suppression de la notion d’âge légal de départ et la mise en place d’un système par capitalisation. Plus le RN pense se rapprocher du pouvoir, plus il jette aux oubliettes la démagogie antisystème qui lui a permis de gagner des voix dans les couches populaires.
Arrivé en tête dans 93 % des communes lors des élections européennes de 2024, le RN y a augmenté ses voix de 50 % par rapport à 2019. De même, entre les élections législatives de 2022 et celles de 2024, donc en deux ans, il est passé de 4,2 à 10,7 millions de voix. Il apparaît donc comme le vainqueur possible des prochaines échéances électorales. Il faut ajouter que le « front républicain », mis en place par les autres partis lors des précédentes élections pour empêcher le RN d’emporter la présidence ou la majorité absolue à l’Assemblée, pourrait n’être plus qu’un souvenir en 2027, notamment en cas de duel au second tour de la présidentielle entre Jordan Bardella – ou Marine Le Pen – et Jean-Luc Mélenchon.
L’arrivée au pouvoir du RN, prédite par tous les sondages et inscrite dans cette dynamique, représenterait un coup dur pour les travailleurs, à commencer par ceux d’origine étrangère, qui deviendraient une cible de sa politique, et elle serait un encouragement pour tous leurs ennemis. En accélérant l’évolution autoritaire de la société, en attisant les divisions parmi les exploités, un gouvernement RN pourrait mener une politique antiouvrière féroce.
Mélenchon en rempart
Parmi les travailleurs, nombre de ceux qui s’inquiètent de voir Bardella ou le Pen arriver à la présidence de la République se tournent vers Mélenchon. Celui-ci a réussi à apparaître comme le candidat à la présidence susceptible de battre celui du RN et de représenter une véritable alternative à gauche. En tout cas, il suscite l’engouement d’une partie des travailleurs, des jeunes des quartiers populaires des grandes villes et des travailleurs immigrés, qui lui sont reconnaissants notamment pour ses prises de position contre le génocide à Gaza et pour ses dénonciations du racisme ambiant. Il touche ainsi une fraction de la jeunesse révoltée par les humiliations et les discriminations subies, mais aussi une partie de la base traditionnelle de la gauche qui y voit le seul candidat pouvant être un rempart contre une victoire du RN.
Pourtant toutes les prises de position de Mélenchon montrent les limites d’un tel rempart. Au fond, le candidat de LFI ne cherche rien d’autre qu’à redonner quelque crédibilité et un nouveau vernis à l’idée d’une alternative gouvernementale de gauche que les passages au pouvoir de Mitterrand, Jospin et Hollande ont largement dévalorisée. Les nouveaux slogans mis en avant par Mélenchon ne changent rien de fondamental à cette politique qui vise tout simplement à parvenir au gouvernement dans le cadre du système politique actuel pour le gérer au service de la bourgeoisie, qui plus est dans le cadre d’une situation générale aujourd’hui très dégradée.
Mélenchon, qui refuse par avance de combattre l’organisation capitaliste de la société, se présente comme le candidat de ce qu’il nomme la Nouvelle France, mais invoque la défense de la nation et de la souveraineté française, souvent avec des tons particulièrement chauvins. Candidat à gérer les affaires de la bourgeoisie, il ne pourra que trahir les quelques espoirs qu’il suscite dans l’électorat populaire. Son élection serait sans doute une défaite politique pour l’extrême droite, mais elle ne diminuerait en rien le terreau sur lequel elle se développe, ni le racisme qui gangrène l’appareil répressif de l’État que Mélenchon n’envisage en aucun cas de briser.
La candidature de Nathalie Arthaud
Dans ces élections, Lutte ouvrière sera donc présente. La candidature de notre porte-parole Nathalie Arthaud visera à faire connaître le plus largement possible les idées et les objectifs qui sont ceux des communistes révolutionnaires face à un système capitaliste en décomposition. Nous affirmerons que si se protéger du danger représenté par l’extrême droite est vital, ce combat est indissociable du combat conscient des travailleurs pour inverser le rapport de force avec le grand patronat et stopper les reculs de la condition ouvrière. Dans cette période de crise et de marche à la guerre, il faut contester la direction de l’économie à la bourgeoisie.
Notre campagne sera l’occasion de conforter les travailleurs qui veulent s’organiser et lutter collectivement, conscients du fait que les vrais maîtres de la société sont les capitalistes. Contre le nationalisme, elle réaffirmera les intérêts communs des travailleurs à l’échelle internationale et leur perspective d’émancipation commune : abattre le système capitaliste afin de rendre possible une refondation de la société sur des bases collectives, et cela à l’échelle mondiale. Voter pour la candidature de Nathalie Arthaud sera aussi affirmer la nécessité de créer un parti et une Internationale communistes révolutionnaires luttant consciemment pour cet objectif.
18 juin 2026